SBM-2024 : ce que change le nouveau Standard de mesure en Baubiologie et ce qu’il révèle face aux normes de l’ICNIRP

50 Hz, radiofréquences, « dirty power », lumière, bruit, radon… Le nouveau référentiel de baubiologie affine considérablement l’analyse de notre environnement intérieur.

En août 2024, après neuf années d’évolution depuis la précédente édition de 2015, la 9ᵉ édition du Standard de la technique de mesure en Baubiologie – SBM-2024 a été publiée.

Cette nouvelle version n’est pas une révolution. Les organismes à l’origine du référentiel parlent eux-mêmes d’une évolution prudente, d’une actualisation et d’une précision du standard existant.

Mais lorsqu’on regarde dans le détail, certaines nouveautés sont particulièrement intéressantes, notamment pour les professionnels qui réalisent des diagnostics électromagnétiques.

Et parmi elles, une évolution mérite particulièrement notre attention :

Le SBM-2024 introduit désormais explicitement une méthode d’évaluation des fréquences supérieures au 50 Hz et des harmoniques associées à ce que l’on appelle couramment le « dirty power » ou électricité sale.

C’est une évolution importante pour l’analyse de nos installations électriques modernes.


D’abord, qu’est-ce que le SBM ?

Le Standard de la technique de mesure en Baubiologie existe depuis 1992.

Il a été développé initialement par Wolfgang Maes avec l’Institut für Baubiologie + Nachhaltigkeit (IBN), puis progressivement enrichi par une commission d’experts.

Son objectif n’est pas simplement de mesurer des champs électromagnétiques.

Il propose une approche globale de l’environnement intérieur organisée autour de trois grandes familles :

A – Champs, ondes et rayonnements

  • champs électriques alternatifs ;
  • champs magnétiques alternatifs ;
  • radiofréquences ;
  • électrostatique ;
  • magnétostatique ;
  • radioactivité et radon ;
  • perturbations géologiques ;
  • bruit ;
  • lumière.

B – Polluants et climat intérieur

  • formaldéhyde ;
  • COV et solvants ;
  • pesticides ;
  • PFAS ;
  • métaux lourds ;
  • particules ;
  • humidité ;
  • CO₂ ;
  • odeurs ;
  • etc.

C – Champignons, microbes et allergènes

Man with flashlight inspects mold-covered walls in an abandoned building in Vorkuta, Russia.
  • moisissures ;
  • levures ;
  • bactéries ;
  • acariens et allergènes.

Le SBM-2024 conserve cette approche globale et accorde une attention particulière aux expositions chroniques, notamment dans les lieux de sommeil.


Une précision fondamentale : le SBM n’est pas une norme légale

C’est probablement le point le plus important à expliquer à mes lecteurs.

Lorsque le SBM indique par exemple :

< 20 nT : non significatif

cela ne signifie absolument pas :

« Au-dessus de 20 nT, la réglementation française est dépassée. »

Ce serait faux.

Les valeurs du SBM sont des valeurs indicatives de précaution, principalement destinées aux zones de repos.

Le document lui-même précise que ces valeurs sont des repères et que son principe directeur est :

toute réduction du risque doit être recherchée.

Le SBM se place donc volontairement dans une logique différente de celle d’une réglementation fondée sur des seuils d’exposition.

Mais ce sont les valeurs que j’applique car le principe de précaution doit passer avant.


🔎 SBM-2015 contre SBM-2024 : qu’est-ce qui change ?

Voici les principales évolutions.

DomaineSBM-2015SBM-2024Évolution
Champs électriques 50 HzValeurs indicativesValeurs globalement identiques➡️ Peu de changement
Champs magnétiques 50 Hz<20 / 20-100 / 100-500 / >500 nTIdentique➡️ Peu de changement
Radiofréquences<0,1 / 0,1-10 / 10-1000 / >1000 µW/m²Même grille➡️ Seuils inchangés
Pics RFValeurs maximalesNotion de pics maximaux explicitée🆕 Précision
Signaux pulsésÉvaluation plus stricte4G/5G et structures pulsées explicitement mentionnées🆕 Précision
« Dirty power »Harmoniques à considérer plus sévèrementFacteurs d’évaluation 10 à 100 entre ~2 kHz et 1 MHz🆕 Important
Fluctuations magnétiques95ᵉ percentile95ᵉ percentile maintenu➡️ Confirmé
Électricité atmosphériqueB6 climat intérieurA4 électrostatique🆕 Reclassement
BruitPas de valeurs définitivesdB(A), dB(C), dB(Z)🆕 Valeurs structurées
LumièrePremières recommandationsValeurs et critères détaillés🆕 Renforcement
OdeursPas de véritable grilleNouvelle grille qualitative🆕
Radon<30 / 30-60 / 60-200 / >200 Bq/m³Même grille mais prise en compte du bruit de fond naturel🆕
COVValeurs existantesInformations davantage détaillées🔧 Précision
PFASNon intégrésAjoutés aux polluants B3🆕
MoisissuresÉvaluation qualitative principalementSurface, spores, activité de l’eau des matériaux🆕
Méthodes de mesurePrincipes existantsChoix de méthodes plus précises pour les situations complexes🔧 Renforcement

Les organismes responsables du SBM précisent que la majorité des valeurs existantes ont été conservées, mais que plusieurs points ont été approfondis.


⚡ La nouveauté qui m’intéresse particulièrement : le « Dirty Power »

C’est probablement l’évolution la plus intéressante du SBM-2024 pour un diagnostic électromagnétique moderne.

Dans le SBM-2015, les fréquences supérieures au 50 Hz et les harmoniques étaient déjà considérées comme devant être évaluées plus sévèrement.

Mais le SBM-2024 va beaucoup plus loin.

Pour les champs électriques et magnétiques alternatifs A1 et A2, il précise désormais que les fréquences supérieures et les harmoniques significatives, notamment le « dirty electricity/power », dans une plage d’environ 2 kHz à 1 MHz, doivent faire l’objet d’une évaluation plus sévère.

Le document propose à titre indicatif des facteurs d’environ 10 à 100, avec un facteur pouvant augmenter avec la fréquence.

À partir de 100 kHz, les valeurs indicatives du point A3 consacré aux radiofréquences peuvent également être utilisées selon le cas.


🔌 Pourquoi cette évolution est-elle importante ?

Parce que notre installation électrique n’est plus constituée uniquement d’une belle sinusoïde de 50 Hz.

De nombreux équipements modernes utilisent des alimentations électroniques, des convertisseurs ou des systèmes de découpage :

  • alimentations d’ordinateurs ;
  • chargeurs ;
  • éclairage LED ;
  • variateurs ;
  • pompes à chaleur ;
  • onduleurs photovoltaïques ;
  • plaques à induction ;
  • certains équipements industriels ;
  • systèmes domotiques ;
  • CPL.

Ces équipements peuvent générer des composantes fréquentielles supplémentaires et des harmoniques.

On peut donc avoir :

50 Hz + harmoniques + composantes de fréquences supérieures

sur une même installation.

Le SBM-2024 demande désormais que cette réalité soit mieux intégrée dans l’évaluation.


📊 Les valeurs A1 : champs électriques alternatifs

Pour le champ électrique alternatif lié à la terre, le SBM-2024 conserve les mêmes catégories :

Champ électriqueSBM-2024
🟢 Non significatif< 1 V/m
🟡 Faiblement significatif1 à 5 V/m
🟠 Fortement significatif5 à 50 V/m
🔴 Extrêmement significatif> 50 V/m

Pour le champ électrique hors potentiel :

Champ électriqueSBM-2024
🟢 Non significatif< 0,3 V/m
🟡 Faiblement significatif0,3 à 1,5 V/m
🟠 Fortement significatif1,5 à 10 V/m
🔴 Extrêmement significatif> 10 V/m

La tension corporelle induite fait également partie de l’évaluation :

< 10 mV → 10-100 → 100-1000 → >1000 mV.

Ces valeurs sont pratiquement identiques à celles du SBM-2015. La nouveauté porte surtout sur la manière d’intégrer les fréquences supérieures et les harmoniques.


🧲 A2 : les champs magnétiques alternatifs

Là encore, les seuils principaux n’ont pas changé :

Champ magnétique alternatifSBM-2024
🟢 Non significatif< 20 nT
🟡 Faiblement significatif20 à 100 nT
🟠 Fortement significatif100 à 500 nT
🔴 Extrêmement significatif> 500 nT

Mais le SBM-2024 renforce la méthodologie.

En cas de fluctuations temporelles importantes, le 95ᵉ percentile issu d’enregistrements longue durée doit être utilisé pour l’évaluation, notamment pendant la nuit.

C’est intéressant car cela évite de réduire une exposition variable à une simple mesure instantanée.


📡 A3 : radiofréquences

Ici, les seuils de base restent également identiques au SBM-2015 :

RadiofréquencesSBM-2024
🟢 Non significatif< 0,1 µW/m²
🟡 Faiblement significatif0,1 à 10 µW/m²
🟠 Fortement significatif10 à 1000 µW/m²
🔴 Extrêmement significatif> 1000 µW/m²

Mais il y a une précision très importante :

Le SBM-2024 précise que ces valeurs correspondent aux pics maximaux.

Il demande également une attention accrue pour les signaux pulsés ou périodiques et cite explicitement :

  • GSM/2G ;
  • TETRA ;
  • DECT ;
  • Wi-Fi ;
  • TNT ;
  • LTE/4G ;
  • 5G.

Pour les signaux pulsés, le référentiel recommande donc de viser des valeurs plus faibles que pour certains signaux non pulsés.


Et c’est ici que la comparaison avec l’ICNIRP devient très intéressante

L’ICNIRP travaille avec une philosophie différente.

Les lignes directrices ICNIRP 2020 couvrent les radiofréquences de 100 kHz à 300 GHz.

Pour l’exposition du public, les niveaux de référence sont notamment :

  • 27,7 V/m entre 30 et 400 MHz ;
  • une formule dépendante de la fréquence entre 400 MHz et 2 GHz ;
  • 61 V/m au-dessus de 2 GHz ;
  • jusqu’à 10 W/m² au-dessus de 2 GHz pour l’exposition corps entier.

Et surtout, les niveaux de référence ICNIRP sont construits avec des valeurs RMS et des moyennes temporelles et spatiales, notamment 30 minutes pour l’exposition corps entier dans le tableau de référence.

Et surtout, ces valeurs n’ont pas fait l’objet de révisions depuis 1999. Soit avant l’arrivée de la 3G qui disparaitra en 2030.


Comparaison spectaculaire… mais à ne surtout pas mal interpréter

Prenons simplement 900 MHz.

Le niveau réglementaire français pour le public est de l’ordre de 41 V/m, correspondant à environ 4,5 W/m².

Le SBM classe quant à lui :

< 0,1 µW/m² comme « non significatif ».

Cela représente un écart énorme. Mais attention :

Cela ne signifie absolument pas que l’ICNIRP « autorise une exposition dangereuse ».

Les deux référentiels ne répondent pas à la même question.

L’ICNIRP cherche à définir des niveaux de référence permettant de prévenir les effets sanitaires établis dans son cadre d’évaluation, avec une méthodologie dosimétrique et des moyennes adaptées. Même si ces valeurs ont été définis en 1999, donc avant l’apparition de la 3G et n’ont jamais été révisé depuis, malgré la 3G, la 4G et maintenant la 5G !

Le SBM cherche à définir des niveaux de précaution pour les espaces de repos, avec une volonté d’aller vers des environnements aussi peu exposés que raisonnablement possible.

Comparer directement :

0,1 µW/m² SBM = danger

et

4 500 000 µW/m² ICNIRP = sécurité

serait donc scientifiquement incorrect.

En revanche, constater que les philosophies de protection sont extrêmement différentes est parfaitement légitime ! Et permet au monde du sans fil d’avoir encore une marge confortable sans avoir à se remettre en question.


Même chose à 50 Hz

La comparaison est tout aussi frappante.

Le SBM considère :

< 20 nT

comme non significatif pour le champ magnétique alternatif dans une zone de repos.

Or, à 50 Hz, l’ICNIRP 2010 donne pour le public un niveau de référence de 200 µT, soit :

200 000 nT.

On parle donc d’un rapport de 10 000 entre ces deux valeurs.

Pour le champ électrique, le niveau de référence ICNIRP à 50 Hz est de 5 kV/m, soit 5 000 V/m, alors que le SBM considère :

< 1 V/m

comme non significatif pour le champ électrique lié à la terre.

Là encore, il ne faut surtout pas transformer cette différence en opposition simpliste « l’un a raison, l’autre a tort ».

Elle illustre surtout deux philosophies de mesure radicalement différentes.


Pourquoi les chiffres sont-ils aussi différents ?

Parce que les questions posées ne sont pas les mêmes.

L’ICNIRP demande principalement :

À partir de quel niveau d’exposition faut-il limiter l’exposition afin de prévenir les effets sanitaires établis selon les données disponibles ?

La baubiologie demande plutôt :

Comment identifier et réduire autant que possible les facteurs environnementaux évitables dans un espace de vie, particulièrement pendant le sommeil ?

C’est une distinction fondamentale.

L’ICNIRP utilise notamment le concept de restrictions de base, liées à des grandeurs physiques internes et à la dosimétrie, puis des niveaux de référence externes permettant d’évaluer la conformité.

Le SBM utilise quant à lui une classification :

non significatif → faiblement significatif → fortement significatif → extrêmement significatif

et considère ses valeurs comme des repères de précaution.


Une autre différence fondamentale : le temps de mesure

C’est un point particulièrement important dans la pratique.

Pour les radiofréquences, le SBM-2024 indique que ses valeurs sont basées sur les pics maximaux.

L’ICNIRP, elle, utilise notamment des moyennes RMS et des moyennes temporelles et spatiales dans ses niveaux de référence.

Pour les champs magnétiques basse fréquence, le SBM introduit en outre l’utilisation du 95ᵉ percentile lors de fluctuations temporelles importantes.

Cela signifie qu’un diagnostic baubiologique sérieux ne devrait pas forcément se contenter d’une mesure instantanée.

Pour une installation variable :

mesure ponctuelle ≠ exposition temporelle complète.

Et c’est précisément pourquoi l’enregistrement longue durée peut être particulièrement intéressant dans certaines situations.


A8 : le bruit entre véritablement dans la grille d’évaluation

C’est une nouveauté importante.

En 2015, il n’existait pas encore de véritables valeurs indicatives baubiologiques définitives pour le bruit.

En 2024, le SBM propose notamment :

NiveaudB(A)dB(C)dB(Z)
🟢 Non significatif<25<32<35
🟡 Faiblement significatif25-3532-4235-45
🟠 Fortement significatif35-4542-5245-55
🔴 Extrêmement significatif>45>52>55

Le standard demande également de s’intéresser aux basses fréquences et aux fréquences isolées qui émergent durablement du bruit de fond.


A9 : la lumière devient beaucoup plus sérieusement évaluée

La lumière avait été introduite lors de la révision 2015, mais essentiellement avec des recommandations et des outils d’évaluation complémentaires.

En 2024, le sujet est beaucoup plus structuré.

Le SBM recommande notamment :

  • une chambre aussi sombre que possible pendant le sommeil ;
  • idéalement 0 lux de lumière artificielle ;
  • une attention au spectre lumineux ;
  • un bon rendu des couleurs ;
  • une réduction du scintillement ;
  • une attention aux champs électriques et magnétiques produits par les éclairages ;
  • une limitation des émissions ultrasonores associées à certaines sources.

Le document donne également des indications sur la température de couleur et le scintillement.


Les odeurs : une nouveauté étonnante

Le SBM-2024 introduit également une véritable approche d’évaluation des odeurs.

Ce n’est pas anodin.

Les auteurs indiquent que les odeurs représenteraient, selon leur expérience, environ la moitié des demandes dans le domaine des polluants.

Mais il est difficile de réduire une odeur à une simple concentration chimique.

Le nouveau référentiel prend donc en compte :

  • l’intensité ;
  • le caractère désagréable ;
  • l’acceptabilité ;
  • la perception individuelle.

C’est une évolution intéressante parce qu’elle reconnaît une réalité : tout ce qui est important dans un habitat n’est pas nécessairement réductible à un chiffre unique.


☢️ Radon : le bruit de fond naturel est désormais intégré

Le seuil SBM reste :

<30 Bq/m³ → non significatif

mais le SBM-2024 demande désormais d’ajouter à l’évaluation la concentration naturelle de fond extérieure locale.

Cela permet d’affiner l’interprétation du résultat plutôt que de considérer le logement indépendamment de son contexte géographique.


🧪 Les PFAS font leur entrée

Les PFAS — ces substances per- et polyfluoroalkylées particulièrement persistantes — sont désormais intégrés à la liste des polluants B3.

C’est cohérent avec l’évolution des préoccupations concernant les polluants persistants présents dans certains matériaux, traitements et produits de consommation.


🦠 Les moisissures sont également mieux documentées

Le SBM-2024 ajoute notamment :

  • des indications quantitatives sur la surface contaminée ;
  • des critères concernant les spores et structures fongiques observables au microscope ;
  • une valeur critique pour l’activité de l’eau dans les matériaux, fixée à 0,65 lorsqu’elle est maintenue durablement.

On passe donc d’une approche essentiellement qualitative vers une évaluation plus structurée.


Le SBM-2024 insiste également sur le choix de l’instrument

C’est un point que je trouve particulièrement pertinent pour la pratique professionnelle.

Le nouveau document précise qu’une mesure d’orientation peut être suffisante dans certaines situations.

Mais lorsque le problème devient complexe, il recommande d’utiliser :

des instruments et des méthodes plus précis.

Autrement dit :

Un appareil de mesure n’est pas simplement un chiffre sur un écran.

Il faut connaître :

  • sa bande passante ;
  • sa sensibilité ;
  • ses limites ;
  • sa sélectivité fréquentielle ;
  • sa méthode de détection ;
  • son mode de moyennage ;
  • sa capacité à distinguer les différentes sources
  • et je rajouterai qu’il est important de connaitre sa sur- ou sous-évaluation des mesures réalisées.

Le SBM-2024 demande d’ailleurs que la sensibilité et la précision des instruments utilisés soient prises en compte et indiquées.


⚖️ SBM-2024 versus ICNIRP : deux philosophies

Voici finalement le tableau que je trouve le plus important pour comprendre le sujet :

SBM-2024ICNIRP
NatureRéférentiel baubiologiqueLignes directrices scientifiques
Statut juridique❌ Pas une norme réglementaire❌ Pas une loi en soi
ObjectifPrévention et réduction des expositionsProtection contre les effets établis selon les données disponibles
Zone privilégiéeZones de repos / sommeilPopulation générale et travailleurs selon les lignes directrices
PhilosophiePrécautionÉvaluation dosimétrique du risque
50 HzOuiOui
RadiofréquencesOuiOui
Dirty powerExplicitement renforcé en 2024Pas de catégorie équivalente « dirty power »
Pics RFPris en compte explicitementApproche RMS/moyennage selon les conditions
Fluctuations BF95ᵉ percentileMéthodes et moyennes définies par les lignes directrices
LumièreOuiPas le même objet
BruitOuiPas le même objet
Polluants chimiquesOuiNon
MoisissuresOuiNon
RadonOuiNon
ValeursTrès précautionneusesBeaucoup plus élevées pour les niveaux de référence d’exposition

🚨 Attention au mot « norme »

Il faut être extrêmement précis dans notre vocabulaire.

Dire :

« La norme SBM impose 20 nT »

est incorrect.

Il faut dire :

« Le référentiel SBM-2024 considère qu’un champ magnétique alternatif inférieur à 20 nT est non significatif dans une zone de repos. »

De même, dire :

« L’ICNIRP autorise 200 µT »

est une simplification trompeuse.

Il vaut mieux dire :

« Le niveau de référence ICNIRP pour le public à 50 Hz est de 200 µT dans les conditions définies par ses lignes directrices. »

Cette précision peut sembler sémantique.

Elle ne l’est pas.

C’est ce qui fait la différence entre un discours militant et un discours d’expert.


🎯 Alors, lequel faut-il utiliser ?

À mon sens, la question est mal posée.

Il ne faut pas opposer les deux référentiels.

Il faut les utiliser pour ce qu’ils sont.

Une mesure peut parfaitement être :

conforme aux niveaux réglementaires

tout en étant :

significative selon le référentiel SBM.

Cela ne signifie pas que l’installation est « illégale ».

Cela signifie simplement qu’elle se situe au-dessus d’un niveau de précaution beaucoup plus bas.

Et c’est justement là que la démarche de diagnostic et de réduction à la source prend tout son sens.


🏠 Exemple concret

Imaginons une chambre dans laquelle on mesure :

Champ magnétique : 350 nT à 50 Hz.

Selon le SBM-2024 :

➡️ fortement significatif.

Selon le niveau de référence ICNIRP 2010 pour le public :

➡️ 350 nT = 0,35 µT, donc très inférieur à 200 µT.

La conclusion réglementaire pourrait donc être :

niveau très inférieur au niveau de référence ICNIRP.

La conclusion baubiologique serait :

niveau fortement significatif dans une zone de repos.

Les deux affirmations peuvent être vraies simultanément.

Et c’est probablement la meilleure manière d’expliquer la complémentarité des deux approches.


🔬 Le véritable intérêt du SBM-2024

Pour moi, la grande nouveauté n’est donc pas la modification spectaculaire des seuils.

Car, sur plusieurs paramètres électromagnétiques essentiels, les valeurs 2015 sont restées identiques en 2024.

Le véritable changement est ailleurs :

Le SBM-2024 devient plus fin.

Il prend davantage en compte :

les fréquences → les harmoniques → les pics → les fluctuations → les signaux pulsés → la qualité des mesures → la complexité des sources.

Et c’est particulièrement intéressant dans un environnement moderne où une simple mesure « V/m » ou « nT » ne raconte pas toujours toute l’histoire.


Mesurer n’est pas faire peur !

C’est probablement la conclusion que je privilégierais également dans mon propre positionnement professionnel.

Le but d’un diagnostic électromagnétique sérieux ne devrait pas être de dire :

« Tout est dangereux. »

Pas davantage de dire :

« Tout va bien puisque nous sommes sous les limites réglementaires. »

Entre les deux existe une troisième voie :

mesurer, identifier les sources, comprendre leur fonctionnement et réduire ce qui peut raisonnablement l’être.

C’est précisément l’esprit du SBM-2024 lorsqu’il rappelle son principe directeur :

Toute réduction du risque doit être recherchée.

Les valeurs indicatives restent des repères et non des seuils légaux.

Et cette approche me paraît particulièrement pertinente dans les chambres et espaces de sommeil, où l’on passe plusieurs heures consécutives chaque nuit.


📌 En conclusion

Le SBM-2024 ne bouleverse pas la baubiologie : il la modernise.

Les grands seuils de 2015 restent largement présents, mais le nouveau référentiel apporte une meilleure prise en compte de phénomènes devenus incontournables dans les bâtiments modernes :

  • le dirty power ;
  • les harmoniques ;
  • les fréquences supérieures au 50 Hz ;
  • les signaux pulsés ;
  • la variabilité temporelle ;
  • la qualité des instruments ;
  • la lumière et son scintillement ;
  • le bruit ;
  • les odeurs ;
  • les PFAS ;
  • le radon et son bruit de fond ;
  • les moisissures et l’activité de l’eau.

Face à lui, l’ICNIRP poursuit une autre mission : établir des lignes directrices d’exposition fondées sur une approche dosimétrique et les effets sanitaires qu’elle retient dans son évaluation. Les lignes directrices RF 2020 couvrent 100 kHz à 300 GHz et ont remplacé la partie correspondante des recommandations précédentes. Pour les basses fréquences, les lignes directrices ICNIRP 2010 couvrent 1 Hz à 100 kHz.

Il ne s’agit donc pas de choisir entre « SBM » et « ICNIRP ».

Il s’agit de comprendre ce que chacun mesure, pourquoi il le mesure, selon quelle méthode et dans quel objectif.

Et finalement, une question reste au cœur de toute démarche de qualité environnementale :

Faut-il attendre qu’une exposition dépasse une limite réglementaire pour chercher à la réduire lorsqu’une solution simple existe ?

C’est précisément là que commence, à mon sens, une véritable démarche d’hygiène électromagnétique. Et pour ma part, j’ai déjà choisi mon camp. Car si l’on considère les seuils réglementaires de l’ICNIRP comme légaux, on est en droit de se demander pourquoi ces seuils n’ont pas été revu à la baisse en France alors que d’autres pays européens ont depuis longtemps choisi de baisser ces seuils (Suisse, Italie, Belgique, Pologne, Grèce, Lituanie, Slovénie, mais curieusement, beaucoup d’entre eux ont revu les valeurs limites à la hausse pour permettre le déploiement de la 5G !!)


Sources principales

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