L’eau souterraine : quand le sous-sol influence l’habitat

L’eau souterraine : quand le sous-sol influence l’habitat

L’eau est partout. Elle circule sous nos pieds, s’infiltre dans les sols, chemine dans les fissures de la roche, s’accumule dans les nappes et peut parfois emprunter de véritables réseaux souterrains.

Pourtant, lorsque nous visitons une maison, nous regardons généralement les murs, le toit, les fenêtres, l’installation électrique… beaucoup moins ce qui se passe sous nos pieds.

En géobiologie, cette dimension du sous-sol est essentielle.

Depuis des siècles, les bâtisseurs et les observateurs de la nature savent que l’eau souterraine n’est pas un élément anodin dans le choix et l’implantation d’un lieu de vie. Vitruve, dans son De Architectura, consacrait déjà un livre entier à l’eau, à la recherche des sources souterraines et à leurs caractéristiques. Il considérait la connaissance de l’eau comme fondamentale pour la vie et pour l’implantation des constructions. (Pénélope)

Aujourd’hui, l’hydrogéologie permet de comprendre beaucoup plus précisément comment cette eau circule réellement dans le sous-sol.

Et lorsqu’elle rencontre une construction, elle peut avoir des conséquences très concrètes.


L’eau souterraine ne se trouve pas uniquement dans les nappes

Lorsque l’on parle d’eau souterraine, on imagine souvent une immense réserve d’eau située sous la surface du sol.

La réalité est beaucoup plus complexe.

L’eau peut circuler :

  • dans les pores des sols et des roches ;
  • dans les fissures ;
  • le long de fractures géologiques ;
  • dans les failles ;
  • dans les alluvions ;
  • dans des réseaux karstiques ;
  • dans des cavités et conduits souterrains ;
  • ou rester temporairement piégée dans certaines zones.

Le BRGM distingue notamment les aquifères poreux, fissurés et karstiques. Dans un milieu fissuré, l’eau circule dans les fractures et les failles ; dans un milieu karstique, la dissolution du calcaire peut créer des conduits parfois suffisamment importants pour former de véritables rivières souterraines. (BRGM)

C’est là que le vocabulaire traditionnel de la géobiologie prend tout son sens pratique.

La « veine d’eau »

En géobiologie, nous parlons volontiers de veine d’eau pour désigner une circulation d’eau souterraine localisée.

Il ne faut pas forcément imaginer une petite rivière parfaitement délimitée sous le sol. Dans la réalité géologique, une circulation peut être diffuse, fissurale ou concentrée dans une fracture ou un conduit.

Une fracture dans la roche peut par exemple devenir un véritable chemin préférentiel pour l’eau.

La faille humide

Une faille peut jouer un rôle important dans la circulation des eaux souterraines.

Lorsque les roches sont fracturées, l’eau dispose de voies de circulation qui n’existeraient pas dans une roche compacte. Les études hydrogéologiques montrent d’ailleurs que les failles peuvent jouer un rôle dans la circulation et la distribution des eaux souterraines. (BRGM)

En géobiologie, une faille humide correspond ainsi à une zone où la structure géologique et la présence d’eau se combinent.

La rivière souterraine

Dans certains terrains calcaires, le phénomène peut devenir spectaculaire.

L’eau dissout progressivement la roche et agrandit les fissures existantes. Au fil du temps se constituent des galeries, des conduits et parfois de véritables réseaux souterrains.

Dans un karst développé, l’eau peut alors circuler très rapidement. Le BRGM indique que les temps de transfert peuvent aller de quelques années dans certains milieux poreux à quelques jours, voire quelques heures, dans certains réseaux karstiques. (BRGM)

Nous ne sommes donc plus face à une simple humidité du sous-sol : nous pouvons avoir un véritable système hydraulique souterrain.


Et l’eau stagnante ?

Toutes les eaux souterraines ne sont pas en mouvement.

Une nappe peut présenter des zones où l’eau circule très lentement. Une dépression géologique peut également favoriser son accumulation.

Dans une maison ancienne, une cave, un vide sanitaire ou un sous-sol construit sur un terrain humide, on peut ainsi rencontrer :

une eau qui circule, une eau qui remonte ou une eau qui stagne.

Et ces trois situations ne produisent pas nécessairement les mêmes effets sur le bâtiment.

Une eau stagnante peut maintenir durablement certaines zones du sol ou des fondations dans un état humide. Une eau circulante peut, elle, alimenter continuellement une zone d’humidité.

C’est cette notion de durée qui est particulièrement importante.

Un mur qui reçoit accidentellement de l’eau n’est pas dans la même situation qu’un mur soumis pendant des années à une source d’humidité.


Lorsque l’eau rencontre la maison : la capillarité entre en jeu

An open door reveals lush plants inside a rustic greenhouse, creating a serene atmosphere

C’est probablement l’un des phénomènes les plus importants à comprendre.

Un matériau poreux peut faire remonter l’eau par capillarité.

Le principe est simple : les matériaux de construction possèdent des pores et des micro-canaux. Lorsque leur partie inférieure est en contact avec une source d’humidité, l’eau peut progresser à l’intérieur du matériau.

C’est particulièrement vrai pour certains murs anciens, les maçonneries poreuses, les pierres, les briques ou certains matériaux non protégés par une barrière capillaire efficace.

L’Organisation mondiale de la Santé identifie d’ailleurs la remontée d’eau par capillarité comme une cause classique des problèmes d’humidité dans les bâtiments. (NCBI)

Le phénomène peut donner naissance à des signes très caractéristiques :

  • peinture qui cloque ;
  • enduit qui se décolle ;
  • salpêtre ;
  • murs froids et humides ;
  • odeur persistante de renfermé ;
  • dégradation des matériaux ;
  • bois qui se dégrade ;
  • apparition de moisissures.

Et parfois, le problème est beaucoup plus discret.

Le mur semble sec à l’œil… mais il ne l’est pas nécessairement à l’intérieur.


L’eau souterraine peut donc devenir un problème pour l’habitat

C’est ici que la géobiologie rejoint très concrètement le bâtiment.

Lors d’une étude, je ne regarde pas uniquement l’emplacement supposé d’une circulation d’eau.

Je cherche surtout à comprendre comment le terrain et l’eau interagissent avec la construction.

Car une présence d’eau sous une maison n’est pas automatiquement synonyme de problème.

Une maison peut être construite au-dessus d’une nappe sans présenter la moindre pathologie.

Tout dépend notamment :

  • de la profondeur de l’eau ;
  • de sa circulation ;
  • de la nature du terrain ;
  • de la perméabilité du sol ;
  • de la géologie ;
  • de la conception des fondations ;
  • de la présence d’une coupure de capillarité ;
  • du drainage ;
  • de la ventilation ;
  • de l’isolation ;
  • et de la capacité du bâtiment à évacuer l’humidité.

Ce n’est donc pas simplement « l’eau sous la maison » qui pose problème.

C’est la relation entre l’eau, le terrain et le bâtiment.


Quand l’humidité devient le terrain idéal pour les moisissures

Et c’est ici que le sujet devient particulièrement important pour les occupants.

Une humidité persistante crée des conditions favorables au développement de micro-organismes, notamment les moisissures.

Le ministère français de la Santé rappelle que les moisissures peuvent apparaître lorsque l’humidité est excessive, notamment en raison d’infiltrations, de remontées d’humidité par le sol, de ponts thermiques ou d’une ventilation insuffisante. (Santé.gouv)

L’OMS arrive à la même conclusion : la persistance de l’humidité et la prolifération microbienne dans les bâtiments doivent être évitées ou réduites, car elles sont associées à des effets défavorables sur la santé. (Organisation mondiale de la santé)

Les conséquences peuvent notamment concerner :

  • les voies respiratoires ;
  • les allergies ;
  • l’asthme ;
  • les irritations ;
  • certaines réactions inflammatoires.

Le ministère de la Santé indique également que l’exposition aux moisissures peut entraîner ou aggraver des maladies respiratoires, notamment l’asthme et certaines allergies. (Santé.gouv)

C’est pourquoi une tache noire sur un mur n’est jamais simplement un problème esthétique.

Il faut rechercher la cause de l’humidité.


Mais attention : une moisissure ne signifie pas forcément « veine d’eau »

C’est un point que je considère important dans une approche sérieuse de la géobiologie.

Une maison humide peut avoir énormément de causes.

Une moisissure peut être liée :

  • à une remontée capillaire ;
  • à une infiltration ;
  • à une fuite ;
  • à une mauvaise étanchéité ;
  • à un pont thermique ;
  • à une ventilation insuffisante ;
  • à une condensation excessive ;
  • à un défaut de drainage ;
  • ou à plusieurs phénomènes simultanés.

Le ministère de la Santé rappelle précisément cette diversité des causes. (Santé.gouv)

La géobiologie ne doit donc pas remplacer l’expertise du bâtiment. Elle doit permettre d’ajouter une lecture du terrain et du lieu.

C’est cette complémentarité qui permet d’aller plus loin.


L’eau et le vivant : une approche globale du lieu

En géobiologie, nous considérons qu’un lieu n’est jamais simplement constitué de quatre murs.

Il existe une relation permanente entre :

le sous-sol → le terrain → la construction → l’environnement → les occupants.

L’eau souterraine fait partie de cette dynamique.

Elle transforme les caractéristiques du sol, elle emprunte certaines structures géologiques, elle peut modifier localement l’humidité du terrain et, lorsqu’elle rencontre une construction insuffisamment protégée, favoriser les phénomènes de remontées capillaires et de dégradation.

Les anciens avaient déjà compris quelque chose d’essentiel : avant de construire, il fallait observer le terrain.

Vitruve consacrait une partie importante de son traité à la recherche et à la qualité des eaux souterraines, signe que la connaissance du sous-sol faisait déjà partie de la réflexion sur le lieu de vie. (Lexundria)

Bien plus tard, les travaux d’Agricola sur les ressources souterraines décrivent eux aussi les circulations d’eau dans les fractures et les formations du sous-sol. (hellenicaworld.com)

L’idée fondamentale reste finalement la même :

On ne peut pas comprendre complètement un habitat sans regarder ce qui se passe sous lui.


Que recherche le géobiologue ?

Close-up of a textured cracked wall in monochrome, highlighting intricate details.

Lors d’une étude géobiologique, l’objectif n’est pas simplement de dire :

« Il y a de l’eau ici. »

La question intéressante est :

Où circule-t-elle ? Comment circule-t-elle ? Quelle est sa relation avec la construction ? Et quels signes observables retrouve-t-on dans l’habitat ?

Je m’intéresse notamment :

  • aux circulations d’eau souterraine ;
  • aux zones de failles et de fractures ;
  • aux terrains karstiques ;
  • aux zones potentiellement humides ;
  • aux remontées capillaires ;
  • aux interactions entre sous-sol et bâtiment ;
  • aux signes visibles de désordres liés à l’humidité.

Et surtout, je confronte le ressenti géobiologique aux observations concrètes du bâtiment.

Une auréole sur un mur, un décollement d’enduit, une odeur de moisi ou une zone anormalement humide sont des informations précieuses.

La géobiologie commence alors à devenir une véritable lecture du lieu.


L’eau : une ressource indispensable… et une force à respecter

L’eau souterraine n’est évidemment pas une ennemie.

Elle est indispensable à la vie et constitue une ressource majeure de nos territoires.

Mais lorsqu’elle rencontre un habitat mal adapté à son environnement, elle peut devenir un facteur de dégradation.

L’eau trouve toujours son chemin.

Elle s’infiltre.

Elle circule.

Elle remonte.

Elle contourne les obstacles.

Elle emprunte les fissures.

Elle traverse les matériaux poreux.

Et parfois, elle finit par apparaître là où personne ne l’attendait.

C’est pourquoi, lorsqu’un habitat présente des problèmes d’humidité récurrents, je considère qu’il est important de ne pas simplement traiter la conséquence visible.

Il faut rechercher la source.

Car repeindre un mur humide sans traiter l’origine du problème revient souvent à mettre un pansement sur une fuite.

Et l’eau, elle, n’a généralement pas reçu le mémo.


🌿 Un habitat sain commence aussi par la connaissance de son terrain

La géobiologie nous invite à regarder la maison autrement.

Au-dessus : l’environnement extérieur.
Autour : les matériaux, les réseaux, les équipements et les occupants.
En dessous : le sol, les roches, les failles, les circulations d’eau et les éventuelles zones d’humidité.

Comprendre cette interaction permet de mieux appréhender un lieu et, lorsque cela est nécessaire, de mettre en place les solutions techniques adaptées.

Parce qu’avant de chercher à « harmoniser » une maison, il faut parfois commencer par une chose beaucoup plus simple :

comprendre ce qui se passe sous nos pieds.


Sources utiles

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