Une pollution électromagnétique largement ignorée

Lorsque l’on évoque les pollutions électromagnétiques, les premières images qui viennent à l’esprit sont souvent celles des antennes-relais, du Wi-Fi ou des téléphones mobiles. Pourtant, une autre forme de pollution est présente dans la quasi-totalité des habitations modernes : l’électricité sale, plus connue sous son nom anglais Dirty Electricity.
Invisible, silencieuse et rarement mesurée, elle résulte de la superposition de signaux de hautes fréquences sur le réseau électrique domestique fonctionnant normalement à 50 Hz.
Cette pollution est aujourd’hui générée par de nombreux appareils électroniques du quotidien. Elle circule dans les câbles électriques, rayonne dans les pièces et peut parfois être détectée à plusieurs dizaines de mètres de son origine.
Le 50 Hz : le rythme normal de notre réseau électrique

En Europe, le réseau électrique distribue un courant alternatif à 230 volts et 50 hertz.
Concrètement, cela signifie que la tension change de polarité cinquante fois par seconde.
Si l’on représentait cette tension sur un oscilloscope idéal, on obtiendrait une sinusoïde parfaitement régulière.
Cette onde est relativement stable et constitue le fonctionnement normal du réseau.
Pendant plusieurs décennies, les habitations ne comportaient que peu d’électronique :
- ampoules à filament ;
- radiateurs classiques ;
- moteurs électriques ;
- plaques électriques traditionnelles.
Le réseau restait alors relativement « propre ».
Pourquoi le réseau est-il devenu « sale » ?
Depuis une trentaine d’années, les équipements électroniques se sont multipliés.
Or, la plupart n’utilisent plus directement le 230 V alternatif.
Ils commencent par le transformer grâce à des composants électroniques de puissance :
- redresseurs,
- alimentations à découpage,
- convertisseurs,
- variateurs,
- onduleurs.
Ces dispositifs hachent le courant à des fréquences pouvant atteindre plusieurs dizaines, centaines de kilohertz, voire davantage.
Une partie de ces hautes fréquences retourne ensuite dans le réseau électrique domestique.
Le résultat est une sinusoïde de 50 Hz sur laquelle viennent se superposer des milliers de petites impulsions extrêmement rapides.
C’est ce phénomène que l’on appelle l’électricité sale.
À quoi ressemble l’électricité sale ?
Au lieu d’une belle sinusoïde régulière, on observe une onde déformée.
Les oscilloscopes montrent des créneaux, des pics et des impulsions de quelques microsecondes qui se répètent plusieurs milliers de fois par seconde.
Ces parasites peuvent s’étendre de quelques kilohertz jusqu’à plusieurs mégahertz selon leur origine.
Ils circulent :
- dans toute l’installation électrique ;
- sur les conducteurs de terre ;
- parfois dans le neutre ;
- et génèrent des champs électriques et magnétiques variables autour des câbles.
Les principaux générateurs d’électricité sale
Les plaques à induction

C’est probablement l’une des sources les plus puissantes dans une habitation.
Le principe même d’une plaque à induction repose sur une électronique de puissance qui produit un champ magnétique alternatif à des fréquences bien supérieures à 50 Hz (typiquement de l’ordre de plusieurs dizaines de kilohertz) pour chauffer les récipients compatibles.
Conséquences :
- pollution conduite sur le réseau ;
- rayonnement magnétique local important pendant l’utilisation ;
- fortes variations selon la puissance demandée.
Il n’est pas rare de constater, lors de mesures en géobiologie ou en biologie de l’habitat, une nette augmentation des perturbations conduites lorsque la plaque fonctionne.
Les boîtiers CPL

Les Courants Porteurs en Ligne (CPL) sont conçus pour transmettre des données numériques en utilisant le réseau électrique de la maison.
Ils injectent volontairement des signaux de hautes fréquences sur les fils électriques.
Selon les modèles, ces fréquences peuvent aller de quelques mégahertz jusqu’à plusieurs dizaines de mégahertz.
Le réseau électrique devient alors une véritable antenne.
Chaque câble mural est susceptible de rayonner.
Pour cette raison, de nombreux électrosensibles choisissent de supprimer totalement les CPL de leur logement.
Les compteurs Linky

Le compteur Linky communique avec les concentrateurs d’Enedis grâce au CPL G3.
Il utilise principalement une bande comprise autour de 35 à 91 kHz sur le réseau basse tension.
Quelques précisions importantes :
- le CPL du Linky n’est pas émis en continu ;
- les émissions sont généralement de courte durée, lors des échanges de données ou de certaines opérations de gestion ;
- il s’agit néanmoins d’une source supplémentaire de hautes fréquences conduites sur l’installation électrique.
Les mesures montrent que l’activité dépend des communications et de l’environnement électrique. Le sujet fait l’objet de débats, notamment concernant la variabilité des émissions et leur propagation dans certaines installations.
Les alimentations à découpage
Aujourd’hui, elles sont partout :
- ordinateurs,
- téléviseurs,
- box Internet,
- chargeurs USB,
- écrans,
- consoles,
- éclairages LED,
- électroménager récent,
- onduleurs photovoltaïques,
- bornes de recharge de véhicules électriques…
Individuellement, leur contribution est souvent modérée. Additionnées, elles peuvent dégrader la qualité électrique du logement.
Les variateurs électroniques

Les variateurs de lumière, certains moteurs à vitesse variable, les climatiseurs, les pompes à chaleur et les bornes de recharge pour véhicules électriques utilisent également une électronique de puissance susceptible d’injecter des perturbations sur le réseau.
Pourquoi est-ce préoccupant ?
Le premier effet est technique.
Une électricité fortement perturbée peut provoquer :
- des dysfonctionnements électroniques ;
- des interférences radio ;
- des déclenchements intempestifs ;
- une augmentation du bruit de fond sur les réseaux électriques.
Sur le plan sanitaire, le débat est plus complexe.
Les normes en vigueur sont principalement fondées sur les effets biologiques thermiques ou sur des niveaux de référence liés aux champs à 50 Hz. Elles ne définissent pas de valeurs réglementaires spécifiques pour l’« électricité sale » en tant que telle.
Des chercheurs et praticiens en biologie de l’habitat estiment que certaines personnes pourraient être plus sensibles à ces perturbations. Toutefois, les preuves scientifiques restent discutées et il n’existe pas de consensus établissant des effets spécifiques liés à ces hautes fréquences conduites aux niveaux habituellement rencontrés dans les logements.
Un vide réglementaire
C’est l’un des aspects les plus surprenants.
En France, il n’existe pas de valeur limite réglementaire dédiée à l’électricité sale dans les habitations.
Les normes de compatibilité électromagnétique (CEM) imposent aux fabricants de limiter les perturbations émises par leurs appareils afin d’éviter des dysfonctionnements entre équipements. Elles ne constituent pas des normes d’exposition sanitaire pour les occupants.
Autrement dit, un logement peut être conforme aux exigences réglementaires tout en présentant un niveau élevé de perturbations conduites selon les critères de certains spécialistes de la biologie de l’habitat.
Les recommandations de la SBM 2015 (voire aussi SBM 2024)
Le Standard de Mesure en Biologie de l’Habitat (SBM-2024), largement utilisé par les biologistes de l’habitat européens, propose des valeurs indicatives pour les hautes fréquences conduites sur le réseau électrique. Je vous proposerai un nouvel article sur ce nouveau standard très bientôt.
Il ne s’agit pas de normes légales mais de valeurs de précaution destinées à limiter les expositions dans les espaces de repos.
Le référentiel classe les niveaux mesurés en plusieurs catégories, allant d’une exposition jugée faible à une exposition très préoccupante, afin d’aider à prioriser les actions correctives.
Cette approche repose sur le principe de précaution, particulièrement dans les chambres et les lieux de sommeil.
Comment limiter l’électricité sale ?
Réduire les sources
La première démarche consiste à supprimer les sources inutiles.
Par exemple :
- retirer les CPL lorsqu’une connexion Ethernet est possible ;
- débrancher les chargeurs inutilisés ;
- privilégier des appareils de qualité bénéficiant d’une bonne compatibilité électromagnétique.
Couper les circuits inutiles
Pendant la nuit, il est souvent possible de mettre hors tension certains circuits ou appareils qui restent alimentés inutilement.
Cette simple mesure peut réduire sensiblement les perturbations présentes dans une chambre.
Installer des filtres
Il existe des filtres spécifiquement conçus pour atténuer certaines hautes fréquences conduites sur le réseau électrique.
Leur efficacité dépend de nombreux paramètres :
- nature des perturbations ;
- architecture de l’installation ;
- qualité de la mise à la terre ;
- emplacement du filtre.
Ils ne constituent donc pas une solution universelle et devraient idéalement être installés après un diagnostic et des mesures.
Vérifier la qualité de la terre
Une prise de terre défectueuse ou présentant une impédance élevée peut dégrader le comportement électromagnétique d’une installation et limiter l’efficacité de certaines solutions de filtrage.
Faire réaliser un diagnostic
Contrairement aux idées reçues, les perturbations ne sont pas uniformes dans une maison.
Deux chambres voisines peuvent présenter des niveaux très différents selon :
- le cheminement des câbles ;
- la proximité d’appareils électroniques ;
- les habitudes d’utilisation ;
- la configuration du tableau électrique.
Seules des mesures adaptées permettent d’identifier les principales sources et de définir des actions pertinentes.
Conclusion
L’électricité sale est une réalité physique : elle correspond à la présence de composantes de hautes fréquences superposées au réseau électrique de 50 Hz, principalement générées par l’électronique moderne. En revanche, son impact sanitaire fait encore l’objet de débats scientifiques et ne bénéficie pas aujourd’hui d’un cadre réglementaire spécifique en France.
Pour autant, adopter une démarche de sobriété électrique, limiter les sources inutiles, privilégier des équipements de qualité et s’appuyer sur des mesures objectives s’inscrit pleinement dans une logique de prévention et d’hygiène électromagnétique. Cette approche permet d’améliorer la qualité de l’environnement électrique du logement tout en évitant les affirmations qui dépasseraient les connaissances scientifiques actuelles.
